
Publie le 10 juin 2009 (journalmetro.com)
Grâce aux transistors et aux mémoires papier, les écrans transparents et les journaux interactifs pourraient devenir réalité en 2012.
Depuis qu’elle a remporté le prix du Conseil européen de la recherche l’été dernier, Elvira Fortunato est devenue une vedette à qui les étudiants demandent des autographes pendant ses cours magistraux. «Ils sont étonnés que cette technologie soit développée au Portugal», précise-t-elle.
Dans son laboratoire de la Faculté des sciences et des technologies de l’Université Nouvelle de Lisbonne, Elvira Fortunato et Rodrigo Martins, son chef du département, révèlent comment leur découverte révolutionnera notre vie quotidienne. Mme Fortunato investit son prix de 2,25 millions d’euros dans une technologie digne de la science-fiction la plus délirante.
Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre invention?
Elvira Fortunato (E.F.) : La silicone sert de semi-conducteur depuis l’invention du transistor, vers le milieu du siècle dernier. Nous avons utilisé un matériel céramique, présent dans les briques ou la crème pour la peau, c’est-à-dire des oxydes aux propriétés semi-conductrices, dans des appareils électroniques, ce que personne n’avait jamais essayé auparavant. Outre le recours à des matériaux non conventionnels, leur transformation à la température ambiante est le plus grand mérite qu’on nous reconnaît à l’échelle planétaire. Mes écrans sont souples, car je peux fabriquer toutes les composantes électroniques à la température ambiante. J’arrive à fabriquer un transistor en papier parce que je n’ai pas à le chauffer, comme je devrais le faire dans les processus de production conventionnels. C’est comme si je faisais un gâteau ou cuisinais à basse température.
À quoi ces découvertes peuvent-elles être appliquées?
E.F. : En 2006, nous avons mené un projet avec Samsung, qui nous finançait. Nos découvertes peuvent être directement appliquées dans le domaine des écrans. Chaque pixel des écrans actuels est lié à un minuscule transistor de silicone. Nous fabriquons ces transistors avec des oxydes transparents. C’est ce qui suscite l’intérêt majeur des sociétés internationales d’envergure œuvrant dans ce domaine, en particulier celles d’Asie. Par exemple, l’écran peut être entièrement transparent. En outre, le processus de production à basse température ne pollue pas, et les matériaux sont écologiques, contrairement à la silicone. Même si ces transistors consomment beaucoup plus d’électricité que les transistors de silicone, ils sont moins coûteux. Que des avantages!
Quand seront-ils mis sur le marché?
E.F. : Nous amorçons nos recherches. Entre la phase de la recherche et celle de la commercialisation, il s’écoule en moyenne 10 ans. Dans ce cas-ci, ces sociétés présentent des prototypes d’écrans conçus avec des transistors à base d’oxydes depuis 2007. Elles offrent déjà cette technique d’affichage, mais ne l’ont pas encore commercialisée. À mon avis, d’ici deux ou trois ans, peut-être même moins, elle sera à la portée de tous.
Cette technologie peut-elle s’appliquer à d’autres types d’écrans?
E.F. : Bien entendu. Vous voyez le nombre d’écrans autour de nous : téléviseurs, ordinateurs, jeux vidéo, cellulaires, écrans tactiles... C’est un immense marché. De plus, la tendance veut que nous remplacions éventuellement les claviers par des écrans. On peut tout avoir sur l’écran, plus besoin d’un écran et d’un clavier. De concert avec Samsung, nous détenons un brevet international. Grâce aux excellents résultats que nous obtenons avec cette entreprise, nous avons lancé un projet avec LG.
Rodrigo Martins (R.M.) : Il s’agit d’un projet différent dans le champ de l’électronique invisible. Il fonctionne au niveau des surfaces de vitre d’une voiture ou d’une maison. Cette nouvelle structure informatique, qui n’est pas physique, permet d’installer directement un GPS dans un pare-brise ou une portière. En collaboration avec Volkswagen et Fiat, nous participons à un projet européen. L’un des concepts consiste à construire la voiture de l’avenir avec un écran incorporé dans la vitre. Toutefois, cette technologie ne sera accessible au public que dans trois ans.
E.F. : Pour le film Minority Report, Steven Spielberg est entré en contact avec des scientifiques parce qu’il voulait prédire l’avenir dans les domaines de la publicité, de l’information et des communications. L’avenir est axé sur l’électronique transparente. Samsung a produit le premier prototype de huit pouces en juillet 2008. En décembre, l’entreprise a présenté un prototype de
40 po (1 m) de diamètre. Selon l’angle, il est parfois impossible de voir clairement l’image, tout comme avec les écrans à cristaux liquides. Cette technologie, combinée aux diodes électroluminescentes organiques (DELO), garantit une définition d’image, une luminosité et un contraste supérieurs.
R.M. : D’après certaines analyses de Samsung, le rendement de l’appareil est trois fois plus élevé et le coût, trois fois plus bas. La technologie de la silicone ne peut pas changer du jour au lendemain, mais ce sont les cellulaires qui présentent le potentiel le plus considérable, selon Samsung. L’écran est petit et la définition, bien plus grande. Alors, il est manifeste que ce créneau commercial est viable.
Pourrons-nous imprimer des journaux avec ce papier?
E.F. : Oui, c’est le concept! Acreo le fait déjà au moyen de presses rotatives, d’après le concept du soi-disant papier électronique. Nous avons le vrai papier électronique!
R.M. : Grâce à un système mis au point avec Acreo, nous l’avons aussi muni d’une mémoire, ce qui nous permet d’insérer plusieurs pages et de l’information dans la même feuille de papier et le même espace. Cette technologie donne une autre vie au papier.